Matthieu 17, 1-9

Transfiguration

 

Même après la résurrection, il n’apparaîtra pas avec un tel éclat. Cette vision récapitule sans doute tout le passé du peuple avec les figures les plus marquantes du Premier Testament que sont Moïse et Elie mais aussi tout l’avenir ouvert par la victoire sur la mort. Mais pour l’instant Pierre et les fils de Zébédée ne sont pas capable de l’entendre. Il ne faut pas se tromper sur le sens de cette « vision » (v 9) terme qui n’apparaît qu’ici et qui s’apparente aux visions prophétiques notamment celles de Daniel. Si elle constitue un réconfort à tel point que Pierre veut planter la tente pour Jésus et ses visiteurs, hospitalité oblige, elle n’est pas séparable de la parole qui l’interprète. C’est la même qu’au baptême de Jésus (3, 17) mais cette fois, assorti d’un impératif : « écoutez-le ! » ce fils bien aimé qui seul connaît bien le Père et qui vient nous le révéler (11, 27). Devant cette révélation, l’homme qui voulait, tel David, faire une demeure à Dieu se retrouve plongé dans la crainte. Mais la nuée qui couvre Jésus, Moïse et Elie n’est-elle pas d’abord un appel à vivre libres (Cf. Gal 5, 1) ? Comme au temps de l’Exode, la nuée guidait le peuple : « relevez-vous et n’ayez pas peur »…

 

Une fois le Christ « réveillé d’entre les morts » (17, 9 ; 27, 63.64 ; 28, 6), ses disciples ne devront plus pas avoir peur  (28, 5) mais il leur faudra, eux-aussi,  passer par la passion. Ce n’est pas pour rien, sans doute, que cet épisode a lieu « à l’écart » de la foule qui se rassemblait, « après six jours », donc au moment de la fête des Tabernacles. Le risque était trop grand qu’une telle « transfiguration » fût comprise à l’aune d’un messianisme nationaliste. Les trois tentes dressées auraient alors signifié l’avènement du nouveau roi ; si certains interprètes voient dans cet événement une intronisation royale du fils, la mention de la souffrance et de la mort en subvertit radicalement le sens. La royauté du Christ ne ressemblera pas à celle qu’attendait le peuple et c’est sans doute pour cette raison qu’il ne la reconnaîtra pas, pas plus qu’il n’avait su entendre le Précurseur (17, 12)… En attendant, il faut descendre de la Montagne pour gravir le Golgotha.