Homélie Messe de la St Martin pour les policiers – Morlaix – samedi 14 novembre 2015

 

Il y a deux jours, s’ouvrait à Tours l’année jubilaire des 1700 ans de la naissance de St Martin qui donnera lieu à de nombreux pèlerinages vers Tours où il était évêque au 4ème  siècle. Cette année jubilaire correspond à l’année jubilaire de la Miséricorde que le pape François va ouvrir dans quelques jours. Ces deux événements ne sont pas incompatibles, bien au contraire, puisque St Martin a manifesté la miséricorde de Dieu de façon très concrète durant sa vie et nous savons à quel point son témoignage touche les policiers car il les rejoint dans les défis quotidiens de leur mission.

Sulpice Sévère, qui était historien et ecclésiastique au 4ème siècle, contemporain de St Martin donc, écrivait dans sa biographie : « Martin sut longtemps à l'avance qu'il allait mourir, et dit à ses frères que la disparition de son corps était imminente. Auparavant, il dut aller visiter la paroisse de Candes, car les clercs de cette Église étaient divisés et il désirait y rétablir la paix. Il n'ignorait pas qu'il était à la fin de sa vie, mais ce motif ne l'empêcha pas de partir, car il estimait que ses vertus atteindraient leur accomplissement s'il pouvait rendre la paix à cette Église. »

Ce qui frappe dans ce témoignage, c’est la force intérieure qui permet à St Martin de surmonter sa fatigue qui devait être extrême puisqu’il arrivait au terme de sa vie et il le sentait dans sa chair. De fait, il mourut très peu de temps après. C’est dans son espérance de trouver l’accomplissement de sa vie au-delà de la mort qu’il trouva la force de surmonter sa fatigue au-delà des limites humaines.

Mais sur quoi se fonde-t-il pour croire cela ? Qu’est-ce qui lui donne une telle Espérance ?

Les textes de la liturgie que nous venons d’entendre ne sont pas faciles à comprendre, notamment la  première lecture et l’Evangile car ils utilisent un langage « apocalyptique » auquel nous ne sommes pas familiers. Mais à travers des images symboliques ces textes nous ouvrent à un aspect de notre foi qui est très important : c’est notre Espérance.
Jésus nous rappelle que notre monde est, il est vrai, marqué par des détresses, des cataclysmes, des guerres, des violences comme nous venons d’en faire encore la dramatique expérience hier soir dans les attentats de Paris mais, contrairement à ce qu’on pourrait penserà vue humaine, il ne va pas vers le néant.

L’aboutissement de tout cela sera l’avènement glorieux de Jésus Christ à la fin des temps et le triomphe de la justice et de l’amour véritable. Chacun devra rendre compte de ses actes, en bien ou en mal et, comme l’affirme St Jean de la Croix : « au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour ».

Nous lisons dans l’Evangile que le Christ « enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel », autrement dit, ceux qui sont vivants mais aussi ceux qui sont déjà morts. Notre espérance ne se limite pas à ceux qui sont vivants. C’est ce qui donne tant de force à St Martin pour accomplir sa mission. Il croit que l’accomplissement de sa vie va bien au-delà de son existence terrestre.

A partir de là, j’aimerai vous partager quatre réflexions qui me semblent pouvoir nous encourager et encourager les policiers dans leur mission :

1. Comme pour St Martin, la certitude que rien ne pourra empêcher le Christ de réaliser son dessein de rassembler l’humanité dans l’amour de Dieu, doit nous aider à ne pas désespérer de l’humanité.
Les faits pourraient nous y conduire pourtant !
La lutte contre la délinquance se complique aujourd’hui avec la mondialisation du terrorisme qui vient encore de frapper durement notre pays et on se demande jusqu’où cela va s’arrêter.
Mais il y a aussi la violence au quotidien qui se manifeste là où on ne l’attendait pas, comme aux urgences des hôpitaux par exemple ou dans des établissements scolaires.

Quand on est, comme les policiers, affrontés quotidiennement à ces situations, comment ne pas penser que cette emprise du mal est inéluctable ? Comment continuer à regarder les personnes délinquantes comme des êtres humains que le Christ veut délivrer du mal, veut sauver ?
C’est l’espérance qui nous permet de croire que le mal n’aura pas le dernier mot, y compris pour chacune de ces personnes que nous rencontrons. Cela nous pousse à les regarder différemment, à être ferme quand cela est juste et nécessaire, mais à ne pas manquer d’amour pour autant, c’est à dire à avoir cette force d’âme qui permet de surmonter nos sentiments immédiats.

2. L’Espérance que donne le Seigneur est comme un phare qui nous guide dans la nuit. Comme pour St Martin, elle nous encourage à nous engager pleinement au service du bien-commun sans avoir peur. A aller au bout de la mission qui nous est confiée en ayant la certitude que nous trouverons l’accomplissement de notre vie lorsque nous aurons vraiment réussi à être « gardien de la paix » en ce monde. L’Espérance est une grande force pour surmonter les défis quotidiens.

3. Dans l’Evangile, Jésus va jusqu’à dire que lorsque nous verrons toutes ces détresses ce sera le signe que le Fils de l’Homme, autrement dit le Christ, est « proche, à notre porte ».
Cette proximité du Christ, nous la trouvons dans la prière qui renforce notre relation personnelle avec Lui. Etre chrétien, ce n’est pas une simple appartenance à l’Eglise comme à un groupe ou une association, c’est vivre dans une relation d’amitié avec le Christ.
Une amitié qui se manifeste en retour par le don du Saint Esprit dont St Paul dit que ses fruits sont : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi.  » C’est un vrai soutien pour tous mais en particulier pour les policiers qui ont à vivre parfois des missions délicates.

Une amitié avec le christ qui ne se vit pas de façon individuelle. On n’est pas chrétien tout seul. Nous avons besoin les uns des autres pour tenir bon et même grandir dans la foi et l’espérance. C’est la raison d’être de l’association « Policiers et Humanisme ». Ce lien qui nous unit les uns aux autres est aussi précieux pour être solidaires de ceux qui ont des difficultés, qu’elles soient personnelles, professionnelles ou familiales. De ceux qui sont dans la dépression. En nous faisant proches d’eux, c’est le Christ qui réalise sa promesse d’être « proche, à notre porte » comme il le dit dans l’Evangile.

4. Dans la première lecture, le prophète Daniel écrit que « ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais ». Notre Espérance est aussi de croire que ceux qui nous ont quitté, et en particulier ce soir pour les policiers décédés que ce soit dans leur service, par la maladie ou même par désespoir ne sont pas perdus. Ni pour Dieu, ni pour nous.

Les « maîtres de justice » pour le prophète Daniel, sont ceux qui ont guidé le peuple dans le droit chemin. Les policiers y participent pour leur part. Bien sûr, personne n’est parfait, nous sommes tous pécheurs, mais comme le rappelle l’auteur de la lettre aux Hébreux, lue en deuxième lecture : « Jésus Christ(…) après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu ». Jésus est en mesure de nous délivrer du mal pour nous faire entrer dans la vie éternelle. C’est dans cette Espérance que nous prions pour eux ce soir ainsi que pour leurs familles.

« Le ciel et la terre passeront, dit Jésus, mes paroles ne passeront pas ». En cette période particulièrement dramatique, que cette Bonne Nouvelle nous tienne chaque jour dans l’Espérance. AMEN

+Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon