Attaque à la préfecture de Paris :

« Je pense aussi à ce jeune policier

qui a dû faire usage de son arme »

 

Recueilli par Augustine Passilly, du journal La Croix

 

Un agent administratif de la direction du renseignement

a poignardé, le 3 octobre, quatre policiers

dans l’enceinte de la préfecture de police de Paris,

avant d’être neutralisé par un jeune policier.

Pour l’aumônier de la police de Paris,

le Père Denis Chautard,

ces meurtres viennent allonger la liste des difficultés

auxquelles la profession s’avère confrontée.

 

La Croix : Comment avez-vous vécu cet événement tragique ?

Père Denis Chautard : Depuis le début de l’année, il y a déjà eu 52 suicides de personnes en activité dans la police nationale, donc c’est vraiment un drame qui s’ajoute à la liste des malheurs bien trop nombreux pour les familles.

Or, cette attaque n’a rien à voir avec les violences auxquelles sont habituellement confrontés les policiers puisque cette tragédie vient de l’intérieur de la « grande maison ». C’est un acte complètement imprévisible, qui rajoute du drame au drame.

 

Je pense aussi à ce garçon, ce jeune policier qui a dû faire usage de son arme pour neutraliser la personne qui avait déjà provoqué quatre blessés [trois hommes et une femme décédés par la suite, tandis qu’une cinquième personne demeure grièvement blessée, NDLR]. Il s’est effondré en larmes. C’est un moment absolument terrible pour ce policier qui commençait tout juste son activité professionnelle. Je pense enfin au personnel administratif et aux agents de police qui se trouvaient sur le site, et se révèlent particulièrement touchés par ce drame.

Dans quel état d’esprit les policiers ont appris cette nouvelle, au lendemain de la « marche de la colère » qui a témoigné d’une profession à bout de souffle ?

P. D. C. : Ces personnels s’avèrent déjà très éprouvés. Avec la crise des gilets jaunes depuis le mois de novembre de l’année dernière, leurs repos ont sans cesse été supprimés, ils ont dû effectuer des interventions pendant leurs congés, etc. Il s’agit vraiment d’une mise à l’épreuve supplémentaire, tandis qu’ils souffrent aussi, ces derniers temps, de la dégradation de leur considération au sein de la population. Ce qu’ils ressentent fortement. Toutes les bavures qui se produisent effectivement, mais qui sont exploitées, jouent contre eux et contre l’ensemble de la profession jusqu’au point où on les traite de barbares [ce que dénonce l’aumônier dans un communiqué daté du 26 septembre, NDLR].

Avez-vous été, en tant que conseiller spirituel, en contact avec les proches des victimes ?

P. D. C. : Je n’ai pas été sollicité pour l’instant. En général, cela passe par les assistantes sociales en charge des personnels. J’ai été appelé à intervenir, cette année, dans trois situations dramatiques : pour une musicienne de l’orchestre des gardiens de la paix qui a mis fin à ses jours ; pour la jeune femme décédée à cause d’un accident totalement stupide à la police judiciaire où elle jouait avec son arme en compagnie de ses collègues quand un agent de sécurité l’a tuée d’une balle dans la tête ; et enfin lors du suicide de Sandra Ferreira à Drancy, dont nous avons célébré les funérailles, en présence de 200 policiers en larmes.

 

À chaque fois, ce sont aux assistantes sociales, en première ligne à l’écoute des familles, de décider si elles me transmettent une demande. Je n’ai, pour l’heure, pas non plus d’informations concernant les funérailles. Nous avions en revanche prévu, avant ce drame, une messe [qui aura lieu mardi 8 octobre à 12 h 15 à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois dans le 1er arrondissement de Paris, NDLR] pour les familles des policiers, dont nous avons modifié l’intention pour la faire coller aux événements afin d’apporter notre soutien aux autorités et au personnel de la préfecture de police.