Messe en l’honneur de saint Martin, Patron des Policiers

Homélie de Mgr Hervé GIRAUD - mardi 18 décembre 2018 - église Saint-Eusèbe à Auxerre

en mémoire des fonctionnaires de police décédés du département de l’Yonne,

et en union avec leurs collègues Gendarmes et Sapeurs Pompiers, victimes du devoir

 

 

Vous connaissez comme moi l’histoire de saint Martin (316-397), qui a été donné comme saint Patron à la Police. Face à un déshérité transi de froid, Martin de Tours partage son manteau. Mais s’il ne donne que la moitié de ce manteau, c’est parce qu’il ne possédait que cette seule moitié. (Il donna en fait la doublure intérieure qui lui appartenait). Ce faisant, il donne donc tout, tout ce qu’il a, mais aussi et d’abord tout ce qu’il est.

            Car l’habit n’est pas seulement ce qui fait le moine, le policier ou le pompier, le prêtre, l’avocat ou le facteur… L’habit est d’abord ce qui permet de vivre et d’être vu. En habillant un pauvre, en le relevant de sa pauvreté, Martin répondait à l’invitation du Christ :« J’étais nu, et vous m’avez habillé ». Et le Christ lui-même avait de nombreux habits. La question paraît même assez importante pour qu’en plein drame de la crucifixion, l’évangile prenne le soin de détailler leur partage en quatre parts : « Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat ». Il est même fait ailleurs mention de la frange de son manteau que beaucoup voulaient toucher afin d’être sauvés (Cf. Mc 6,56). L’habit est ainsi ce qui rend visible chacun comme une personne unique.

            L’habit révèle donc aussi un peu de notre être. Le même passage chez saint Jean révèle d’ailleurs étrangement cette tunique du Christ : « Ils prirent aussi… la tunique sans couture » (Jn 19,23). Cette tunique inconsutile ne sera pas déchirée. Elle deviendra le symbole d’une triple unité : unité de l’humanité et de la divinité du Christ en sa personne, unité de l’Église, unité du genre humain puisque le Christ donna sa vie « afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52). Cette « tunique sans couture », parmi les habits, nous révèle l’être même du Christ.

            Que révèlent alors nos habits ordinaires, nos habits de travail, nos uniformes, autant de manteaux donnés aux autres ou portés pour soi ? Probablement une manière de vivre, une façon de travailler ou de servir, un désir d’être vu… au risque parfois du paraître ou de la jalousie. Il y a eu aussi ces derniers temps ce qu’il fallait revêtir de plus fluorescent pour que les plus invisibles de notre société soient vus et reconnus. Mais, pour chacun d’entre nous, il y a aussi, avec nos habits quotidiens, cette « tunique sans couture » qui indique un peu de notre être, créé à l’image de Dieu.

            Il en est ainsi pour la Police. L’uniforme - qui ne l’est pas tant que cela d’ailleurs - indique d’abord une fonction, un service de la Nation pour la sécurité, une fierté légitime d’être reconnu dans ce service. La garantie des libertés individuelles inscrites dans la loi naturelle bien avant d’être déclarées comme droits de l’homme et du citoyen exige cette force publique, instituée pour l’avantage de tous. Se faire « gardien de la paix », c’est prévenir chaque jour les troubles à l’ordre public et constater les infractions à la loi pénale. Mais votre uniforme révèle aussi un peu de votre « être-policier », de votre engagement personnel. Vous portez en même temps cette « tunique sans couture », cette image de Dieu, de ce Dieu créateur d’un ordre de justice et de paix.

            Cette célébration est donc non seulement l’occasion de faire mémoire des fonctionnaires de police de l’Yonne décédés, mais aussi de saluer ceux qui œuvrent, souvent avec courage, pour la paix civile. Il existe dans l’Église catholique une association Police et Humanisme qui « permet aux policiers chrétiens de partager sur leurs pratiques professionnelles dans un esprit de convivialité, à la lumière de l’Évangile ». Alors qu’il semble devenir enfin évident que « notre démocratie manque de véritables lieux d’échange et de réflexion » et qu’il importe de renforcer les corps intermédiaires, chaque lieu de partage peut être utile pour « faire grandir la fraternité ». Participant à cette célébration ouverte à tous, vous signifiez combien vous aimez votre métier et que vous êtes conscients de votre mission de service public. Votre œuvre est nécessaire autant qu’utile. Sachez donc que vous pouvez compter sur l’Église comme un lieu de gratuité et d’écoute, notamment autour des questions existentielles et spirituelles que vous vous posez ou qui se posent à vos familles ou à notre société. La foi chrétienne invite à agir sur les réalités avant-dernières tout en annonçant les réalités dernières. C’est bien la vie éternelle qui nous est réellement promise et qui nous fait prendre au sérieux la réalité de la vie ordinaire.

            La fête de Noël rappellera que Celui qui était invisible s’est rendu visible à nos yeux. Que Noël rende donc un peu plus visible notre « tunique sans couture ».