Dimanche 24 novembre

Fête du Christ Roi

Saint Luc 23, 35-43

 

Le mystère de la royauté du Christ, c’est le mystère de son pouvoir universel, de son emprise totale et définitive sur les hommes et le monde où ils vivent.

Et cette royauté passe par l’humilité, par la mort sur la Croix, qui n’est pas l’échec du monde mais une splendeur de vie. Jésus sur la croix est humble parce qu’il n’oppose aucune résistance à la volonté du Père. L’orgueil se brise par la soumission et l’obéissance à Dieu et aux autorités instituées par Dieu.  Sur la croix, Jésus n’a pas seulement révélé ou pratiqué l’humilité ; il l’a aussi créée. L’humilité est l’un des attributs de la royauté du Christ.

La Croix est la fin de toute séparation, de toute barrière entre Dieu et les hommes, ainsi qu’entre l’homme et l’homme : la croix abat le mur qui séparait les deux peuples. C’est là la nouveauté de la foi chrétienne par rapport à l’économie juive : tous les codes conduisant à la séparation ont été dépassés dans la Croix du Christ et l’issue à laquelle conduit la Croix est la solidarité.

Jésus, en mourant, accepte la plus complète solidarité avec les hommes, il prend sur soi la condamnation, le supplice de la Croix. Il n’est pas possible d’imaginer solidarité plus totale, parce qu’« il a été compté parmi les scélérats » (Luc 22, 37), « il a été fait péché  pour nous » (2 Co 5,21), il est « devenu malédiction pour nous » (Ga 3, 13). Dans sa vie il s’était assis à la table des pécheurs, parmi les publicains et les prostituées, pour manger et boire avec eux, et sa mort s’était produite parmi les malfaiteurs.

Le Christ descend aux enfers, pour vaincre l’enfer, pour vaincre la mort, pour vaincre toutes les formes de l’enfer et de la mort. Il le fait toujours, ici et maintenant et c’est déjà l’annonce de cette résurrection que le Christ va réaliser, qu’il réalise dès maintenant dans l’anticipation du Royaume dont la première place est offerte  au  malfaiteur.

Il nous faut donc voir la Croix dans cette immensité d’amour. Il nous faut voir cette offrande qui fait contrepoids à nos folies, à nos absurdités, à nos égarements, à nos refus, à nos limites, à nos morts. Parce que le bien n’est pas autre chose. Parce qu’il n’y a pas d’autre bien que l’amour. Parce que le seul lien avec l’être est le don de soi. La Croix nous introduit dans cet univers authentiquement humain. Elle nous révèle à nous-mêmes et nous conduit à ce point d’origine où nous pouvons décoller de l’univers des choses... dont nous sommes si souvent esclaves.

Il est donc essentiel que nous retenions de cette confrontation avec la Croix de Jésus-Christ que le Seigneur s’adresse à nous, en nous demandant de nous faire hommes. Mais d’être hommes dans la plénitude de nos facultés, dans la plénitude de notre liberté,  tout en se libérant de tout ce qui n’est pas humain, car la liberté que le Christ nous révèle est une libération.

Claude Sirvent