33ème D.O. année C - Cœur Immaculé de Marie - Lille Sud

Homélie de Mgr Gérard Coliche, évêque auxiliaire de Lille pour la Saint Martin 2013

 

Au lendemain du 11 septembre 2001, qui vit la destruction des tours jumelles de New York,

quelqu'un écrivit que « plus rien désormais ne sera comme avant. » Effectivement, cet attentat, par les moyens employés et par la dimension de l'événement, a quelque chose d'unique.

Il marque sans doute un virage considérable dans l'histoire du terrorisme et de la violence humaine.

Mais en prenant quelque recul, je me demande s'il n'est pas dans la lignée directe de tous les actes de violence qui ont ensanglanté notre terre depuis quelques siècles, et comme le premier des actes de terrorisme qui, aujourd'hui encore, causent le malheur et la mort de milliers d'êtres humains.

Il y avait eu la Shoah, le goulag, et combien d'autres camps de concentration ; il y avait eu les deux guerres mondiales du XXe siècle, les plus meurtrières de toute l'histoire, et tant d'autres conflits qui, depuis, ont sévi, et sévissent aujourd'hui encore, un peu partout.

On pourrait aussi énumérer, les drames de la faim, les catastrophes naturelles, les persécutions religieuses, les guerres actuelles, dans différentes régions du globe.

Bref, le 11 septembre 2001 n'a rien d'unique : il fait partie de ce cortège de fléaux évoqués par Jésus.

Rappelez-vous ce que disait Jean-Paul II : le XXe siècle est le siècle qui a connu le plus grand nombre de martyrs depuis le début du christianisme.

Et ça continue de plus belle au début du XXIe siècle !

Ce bref rappel est nécessaire pour bien comprendre la signification des propos de Jésus que nous venons de lire dans l'évangile.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser à la 1èrelecture du texte, il ne nous parle pas d'un futur plus ou moins lointain. Il nous parle de notre présent le plus actuel.

Et cela, dans un but bien précis :il tient à nous encourager à tenir debout, à garder confiance, à persévérer dans notre existence chrétienne, au milieu d'une époque, la nôtre, pleine de dangers.

 Et s'il tient à nous mettre en garde, c'est que le risque est bien là, bien réel, de perdre pied, de nous endormir, ou de désespérer.

La 1ère génération chrétienne, a commis une erreur de  perspective. Se souvenant de l'évocation que Jésus avait fait de tout ce qui allait survenir, elle a pensé que la fin du monde était proche.

Ce qui n'était pas une erreur propre aux premiers chrétiens. C'était une "idée reçue" de tous. En effet, l'immense majorité des juifs de l'époque  attendait la fin du monde, « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » avec le retour d'un Messie.

Pour les chrétiens, Jésus était unanimement connu comme le Messie. Aussi ils attendaient comme imminent, le retour du Seigneur Jésus. Il l'avait lui-même promis. A la fin des temps, certes, mais dans la pensée que la fin des temps était toute proche.

L'apôtre Paul lui-même, dans les premiers textes qu'on a de lui, croyait à ce retour imminent, jusqu'à ce qu'il se ravise.

Il va alors rappeler à l'ordre les fidèles qui ne travaillaient plus, « affairés sans rien faire ». puisque la fin du monde était proche ! Il aura cette parole sévère à leur adresse : « si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. »

L’attitude de Jésus est remarquable.

Loin d’entrer dans la psychose du moment,

(en effet, les récits d’apocalypse se multipliaient à son époque) il prend du recul.

Au lieu de se laisser gagner par la panique, il invite à la réflexion. Il y a toujours chez lui un désir de vivre plus fort que celui de mourir. Ici, il avertit ses disciples pour qu’ils ne se laissent pas gagner par l’angoisse. Il les invite à la confiance. C’est Dieu qui décide, et l’homme ne peut savoir ni quand ni comment.

Ainsi, Jésus s'adresse à nous aujourd'hui,  et de cette manière, et ses recommandations ne concernent pas un lointain futur : elles sont pour aujourd'hui.

Tenir debout, persévérer dans la foi, garder confiance : trois recommandations qui sont basées sur une affirmation péremptoire : « pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. »

Manière paradoxale, bien dans son style personnel, pour nous dire combien le Père prend soin de chacun de nous, nous garde dans son amour paternel.

Certes, la vie n'est pas toujours facile, il y a tant d'imprévus ! Mais nous bénéficions d'un appui solide.

La présence des policiers chrétiens du mouvement « Police et Humanisme » qui sont venus célébrer les 50 ans de leur mouvement parmi nous peuvent nous aider à entrer dans ce message du Christ. Ils sont amenés quotidiennement à concilier leur foi avec un métier qui les place souvent à l’épreuve du mal et de la mort. Ils puisent dans leur relation au Christ des ressources toujours neuves pour servir l’humanité de l’homme. Leur mission est de permettre à tous, y compris les plus faibles et les plus démunis, de vivre en paix. Dépositaires de la force publique, ils sont appelés à être les « gardiens » de la paix. C’est plus qu’un métier !

Permettez-moi de citer un extrait d’un poème de leur ancien aumônier national, Jean Debruyne :

« La paix est un travail, / c’est une tâche. / Il faut faire la paix / comme on fait le blé. / Il faut faire la paix / comme il faut des années / pour faire une rose / et des siècles pour faire une vigne./ La paix n’existe pas à l’état sauvage : / il n’y a de paix qu’à visage humain./ »

Un regard chrétien, spécialement dans la Police, ne peut qu’être saisi par la double fécondité de la confiance : - comme source de lien social pour aujourd’hui ; - comme ingrédient privilégié de la vie où le Christ nous précède et dont il s’agit de témoigner au présent.

Ce qui est vrai pour eux, est vrai pour chacun de nous, dans la vie quotidienne qui est la nôtre : je pense au regard, je pense au témoignage

            Jésus, après sa résurrection, dit à ses amis – à nous aujourd'hui - "Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde."Avec lui, nous le croyons,tout événement, même tragique, peut se transformer en un avènement de plus de vie et d'amour. Nous le savons : même dans les décors de mort, Dieu peut faire surgir la vie.

 

 

 

 

 

La banière de la délégation de Lille

tout juste confectionnée par Chantal aux doigts d'or !