Méditation du 9 février 2020 – 5ème dimanche du T.O.

 

Evangile de Matthieu 5, 13-16

 

« Vous êtes le sel de la terre »….   « Vous êtes la lumière du monde ».

La harangue aux disciples, qui (eux) se sont approchés de lui, fait directement suite au discours des Béatitudes, prononcé face à la foule, et qui est l’entame bouleversante du sermon sur la montagne. Cette interpellation maintient les disciples dans une dynamique que le bibliste André Chouraqui a voulu restituer en reformulant chaque « Heureux… » des Béatitudes par un « En marche… ». Il n’est pas question ici d’une république (toute ressemblance serait fortuite), mais d’un peuple appelé à se regarder comme habitant déjà le Royaume annoncé par Jésus et à le vivre en pleine conscience, délivré de toute peur. Vient donc ensuite l’adresse à ceux qui ont fait le choix de le suivre, le choix de s’abreuver chaque jour à sa Parole, et se voient dès lors investis du devoir de rendre ce Royaume désirable et accessible librement à leurs frères humains.

 

Saler la terre. Cette injonction à peine énoncée, Jésus les met en garde contre la pente de l’affadissement. Parler de terre, cela évoque un enracinement, une confrontation au réel que la métaphore du sel invite à relever, en lui donnant une saveur nouvelle et transformée où d’aucuns reconnaîtraient l’importance de l’enfouissement, tel celui des prêtres ouvriers. Vous êtes comme tous vos frères en humanité insérés dans ce réel, mais si vous n’agissez pas vigoureusement pour l’embellir, le sublimer, à quoi servez-vous ? Vous écoutera-t-on encore ?

Et si votre enfouissement est affadissement, s’il est alignement complaisant sur les forces qui stérilisent ou meurtrissent cette terre en épousant leurs enjeux de puissance, des conflits sans cesse renouvelés, cela ne réclame-t-il pas un au-dessus du sol, un lampadaire où l’on accroche la lumière venant rappeler et éclairer toute l’œuvre de transformation initiée dans le monde par la venue en son sein de l’Envoyé de Dieu ? Ici se joue l’imputation de tout ce qui se réalise en vue du Royaume à une impulsion qui transcende l’histoire et lui désigne un horizon. Ce « Vous êtes la lumière du monde » fait de chaque disciple un réflecteur de la Lumière, celle du Christ, à qui renvoie chacune des actions menées dans le sens de cet avènement. Loin de plaider pour un prosélytisme qui précéderait l’agir, ou même le rendrait secondaire, cette exhortation met en valeur l’exigence de sens universellement répandue et l’impératif de rendre ce sens tout à fait perceptible. Elle privilégie une adhésion des hommes suscitée par l’exemplarité, afin que leurs regards s’élèvent vers l’étoile qui la guide, et puisse alors être source d’une authentique conversion.

 

Les principes de discrétion, de réserve, de neutralité, de laïcité, ont le mérite de conduire le policier imprégné d’évangile, comme ses collègues puisant à d’autres courants de pensée, à exprimer en actes et en comportements vis-à-vis des collègues, du public, vis-à-vis des situations affrontées, l’exemplarité que cette source lui inspire. Se jouent tout ensemble le soin d’en saler sans faiblesse et compromission une manière d’être en relation, et le souci de rejoindre une quête de sens nourrie à certains moments par ses interlocuteurs. Il ne s’agit aucunement de précéder des questions, qui peut-être seront mises en mots (et tant mieux), mais de se dire qu’il leur viendra celle-ci : d’où émane la lumière qu’il reflète ? La conversion est une affaire de cœur, avant de se donner à voir en une affiliation affirmée. Telle est la modestie du disciple appelé par le Christ, qui exultera de lui en avoir suscité de nouveaux en partage d’engagement, mais se réjouira tout aussi légitimement d’avoir contribué à ouvrir chez d’autres un chemin salutaire de réflexion.

Jean Marie Caccavelli