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Jean 1,29-34 (2ème dimanche A)

 

Matthieu nous relatait la semaine dernière le baptême de Jésus. Jean que nous écoutons ce dimanche ne le décrit pas. Pour lui, plus sobrement, le Baptiste voit Jésus venir vers lui (v 29), et atteste de la manifestation de l’Esprit qui lui permit de reconnaître Celui que tous attendaient (Cf. 1, 21-22) et qu’il annonçait (1, 23). Mais le quatrième Evangile, dans la foulée de son prologue, nous offre un condensé de christologie : il nous dit ainsi la relation que Dieu veut rétablir avec son peuple. Il est probable que le cousin de Jésus, dans sa profession de foi, n’a vu en Jésus que le retour d’un grand personnage comme Elie venant inaugurer les temps messianiques ainsi que le laisse supposer le dialogue qu’il eut la veille avec les autorités juives et son aveu d’inconnaissance (v 31). Nous y voyons la venue du Verbe. Dieu nous adressant Sa Parole. Reste que l’image de l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, si elle nous est familière par la messe, nous provoque toujours. Certes, nous savons que cette figure évoque le Serviteur de YHWH (Is 53, 7), mais aussi l’agneau de la première Pâque (Ex 28, 21) ou celui, victorieux, de l’Apocalypse (Ap 17, 14). Mais nous sommes souvent plus mal à l’aise avec la notion de péché. Or, c’est le péché du monde que cet agneau vient enlever. Jean ne parle pas de nos péchés comme s’il s’agissait encore une fois de se sentir coupable du mal que nous faisons, mais du péché au singulier. Monde que Dieu aime (3, 16) mais qui pourtant lui résiste, le refuse. Or cette résistance, ce refus est ôté, c’est-à-dire pardonné (v 29).

 

En ce début de temps ordinaire, après la fête de Noël, c’est donc cette victoire qui est affirmée comme chaque fois que nous communions : nous avons « été affranchis par un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans tache, le Christ » (1 P 1, 19). Mais ce sacrifice est d’un tout autre type que ceux de l’ancienne alliance puisqu’il a lieu une fois pour toutes et pas dans le Temple mais dans la personne même du Fils de Dieu (v 34). Il baptise non plus dans l’eau, mais dans cet Esprit Saint qui demeure sur Lui. (v 33) Un nouveau monde est en train de naître qui réalise les promesses prophétiques : un monde où on ne sera plus enseigné, parce que chacun, du plus jeune au plus vieux, vivra en communion avec Dieu parce qu’il aura reçu cet Esprit que le Fils partage (7, 37-39. 19, 30). C’est fait. Reste à actualiser cette pâque, cette victoire. Il faut naître d’en haut dira Jésus à Nicodème (3, 5), c’est-à-dire ressembler à ce Fils. Il ne s’agit donc pas de se culpabiliser en offrant des sacrifices pour nous obtenir les faveurs d’une divinité courroucée mais de vivre de Dieu et non plus du monde. Ce n’est sans doute pas pour rien que le chant de l’agneau de Dieu est aussi celui de la proclamation d’une paix que l’on espère encore. Identifiés au Christ par le Baptême, sans doute avons-nous à porter, comme Lui, le péché du monde, c’est-à-dire à le rendre insignifiant. Mission rendue encore plus urgente quand, trop souvent, les religions sont identifiées à la violence qu’elles génèrent. C’est un agneau qui désarme les dieux (pour reprendre le titre d’un ouvrage récent de Jean-Marie Müller). C’est un fils qui nous invite à devenir frères et sœurs. Beau programme pour le quotidien de nos vies, qui avec Jésus, sera tout sauf ordinaire. Bonne route.

Pascal Janin