Luc 17, 11-19

28ème dimanche C

 

Quelle actualité ! Seul un étranger est revenu pour rendre gloire à Dieu ! Des dix lépreux guéris, un seul en effet retourne vers Jésus. A l’heure où le débat sur l’immigration connaît un regain, l’Evangile nous rappelle à l’ordre. Cette nouvelle étape du voyage vers Jérusalem se situe d’ailleurs à « la frontière entre la Samarie et la Galilée » (v 11). La difficulté de traduire « dia meson » (entre ? le long de ? longeant la frontière ?) tout comme la mention de la Samarie avant celle de la Galilée, alors que l’itinéraire pour se rendre en Judée passe d’abord par la Galilée, pointe sans doute une autre préoccupation que le respect de la géographie. Luc souligne ainsi déjà que le salut par la foi (v 19) est offert à toutes les nations, thème qu’il développera dans les Actes (chap. 10 à 15). C’est donc dans une terre où se mêlent juifs, païens et hérétiques que dix lépreux sont guéris. Dix comme les dix doigts de la main qui manquent souvent aux personnes atteintes par la lèpre mais aussi à beaucoup d’entre nous pour agir selon le Royaume. Jésus les « ayant vus » (v 14) alors qu’ils « élèvent la voix » pour qu’Il prenne pitié d’eux, les renvoie aux prêtres selon les dispositions de la Loi (Lev 14). L’insistance sur le regard de Jésus renvoie à celui du Samaritain (v 15) juste avant que Jésus ne prévienne que le Royaume ne vient pas à vue d’œil (v 20). Il s’agit donc de voir autrement.

 

Un proverbe africain dit justement que l’étranger a de grands yeux et qu’il nous révèle ce que nous ne voyons plus. Les neufs autres n’ont-ils pas vu qu’ils étaient guéris ? On peut en douter, mais pourquoi ne reviennent-ils pas ? Pour obéir à Jésus ou à la Loi ? D’une certaine manière, le Samaritain est le seul à contrevenir à l’ordre du « maître » et aux prescriptions mosaïques. Peut-être ira-t-il voir les prêtres plus tard, mais il y a plus urgent : la foi le pousse à rendre gloire à Dieu. Il peut se relever et continuer le chemin (v 19) comme la femme courbée (13, 13), comme la pécheresse chez Simon (7, 50), comme le Fils relevé d’entre les morts ! Mais la route est encore longue pour « voir » ce salut : la suite de l’Evangile le montrera. Il est pourtant là : ces dix guérisons en sont le signe. Reste la question de Jésus : « où sont les neufs autres ? » Et nous, où (en) sommes-nous ? De quelle lèpre l’Evangile nous a-t-il libérés ? Peut-être celle de l’égoïsme… Le Synode sur l’Amazonie nous rappelle que l’Eglise tout entière est corps du Christ et que ce que vivent les aborigènes nous concerne. Au titre de l’amour fraternel d’abord. Mais aussi parce que notre style de vie a des conséquences : la consommation d’huile de palme ou de drogue implique une agriculture qui ne respecte ni leur vie ni celle de la terre. Et enfin, parce que ce synode pourrait bien être un laboratoire pour toute l’Eglise : en témoigne les propositions faites sur la place des femmes ou les nouveaux ministères… Les habitants de l’Amazonie ont des chosess à nous apprendre… Comme notre Samaritain, comme Jésus,  qui marche (v 1 et 19). La foi nous dérange et nous met en route ! Et il y a urgence, pour la Planète, pour les peuples les plus pauvres : le Fils de l’Homme trouvera-t-il la foi sur la terre ? (18, 8)

Pascal JANIN