26è dimanche du Temps Ordinaire

29 septembre 2019

 

L'évangéliste Luc nous offre, ici encore en "exclusivité", le trésor d'une parabole de Jésus valant mise en garde contre ce qui peut nous fermer le chemin du salut, de la vie éternelle dont lui-même est la porte. Maints commentaires relèvent dans ce texte l'opposition certainement intentionnelle entre un pauvre dénommé (Lazare) et un riche enfermé autant dans son anonymat que confit dans la jouissance égoïste de sa richesse. De fait, en répondant à son appel de détresse émis du fond des enfers en faveur de ses frères "Ils ont Moïse et les Prophètes: qu'ils les écoutent", Abraham fait valoir que l'absence ininterrompue de toute référence à une Parole divine dans une vie constamment centrée sur la satisfaction de soi-même et indifférente au sort des laissés pour compte vaut disparition des écrans où le Seigneur inscrit ses bien aimés et les promet à Sa vie.

Pour qui le salut? C'est ici encore la question soulevée par l'évangéliste. La réclamation d'un témoignage du pauvre Lazare, au profit d'un entourage familial à tirer à temps du péril, rejoint en l'occurrence le récit du Jugement dernier développé en Matthieu 25. Pour le riche de la parabole, Lazare n'avait pas de nom, pas d'existence, incarnant en quelque sorte tout ce à quoi il tournait le dos en répondant à sa finitude inéluctable par l'enfouissement dans une consommation compulsive et gloutonne du temps dont il disposerait. Avide au jour le jour de suppléments de vie puisés dans la prédation, ne fréquentant que des jouisseurs de son espèce éloignés comme lui de toute reconnaissance, il ne pouvait étendre au-delà de ce cercle un regard attentif aux exclus de ce bonheur terrestre et provisoire.

Transposée à notre temps, cette histoire nous interroge sur la posture d'une élite dont peut-être nous faisons partie, et qui encourt, si elle n'imite pas totalement celle du riche de la parabole, le risque de se borner à des gestes ou des paroles de dédouanement accomplis en faveur "des pauvres", "des handicapés", "des malades"..., gestes illustrés par l'expression "Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche". Pour Dieu, Lazare avait un nom et un visage, pour le riche il n'en avait pas. S'il les avait eus pour lui aussi, dans l'occasion d'une rencontre et d'un dialogue, alors se serait ouverte une porte qui ne se franchit pas sans que tombe la chape de l'indifférence et naisse le sentiment d'une humanité commune à servir. Franchir ce pas, c'est donner une réalité concrète au témoignage qui nous rend frères aux yeux d'un même Père et nous destine à la vie de son Royaume.

En tant que policiers missionnés pour servir la paix publique, nous devons savoir ainsi que l'exercice de notre métier ne s'adresse pas à "des délinquants", "des manifestants", "des victimes", mais commence à prendre tout son sens dans le regard et l'attitude observée envers chacun d'eux, un nom, un visage, un frère quoi qu'il ait fait.

Jean-Marie Caccavelli