Jean 8, 1-11 (5ème dimanche de Carême C)

 

Le pardon à la femme adultère - Père Marko Ivan Rupnik ... 

 

Ce magnifique texte a eu une histoire difficile. L’Eglise mit du temps à l’adopter dans le Canon des Ecritures, peut-être parce qu’elle a toujours considéré l’adultère comme une faute grave, incompatible avec le Baptême. Dans l’ensemble de la Bible, il est de fait le signe de l’infidélité du peuple à son Dieu. Et c’est bien cet arrière-fond symbolique qu’il convient d’avoir à l’esprit pour lire cet épisode en ce dimanche qui précède la Grande Semaine. Au début du Carême, nous étions invités à nous laisser entrainer au Désert pour de nouvelles fiançailles avec Dieu. Le Fils nous montrait alors comment résister au Diviseur. Presque au terme du parcours, il nous redit le pardon gratuit de Dieu… pour tous. Pour la femme bien sûr, mais aussi pour ceux qui l’accusaient car eux aussi sont dans le péché et ils reconnaissent puisqu’ils s’en vont les uns après les autres. Le cercle mortifère de la culpabilité universelle est brisé par le silence de Celui va affronter la mort. La mention du mont des Oliviers tout comme la volonté de certains d’arrêter Jésus (7, 44) annonce l’imminence de la Passion.

 

Le contraste est saisissant entre cette femme, « debout au milieu » (v 3) et le « Maître » (v 4) se courbant deux fois (v 6 et 8). Son abaissement n’écrira-t-il pas une nouvelle page de l’histoire des relations entre Dieu et l’humanité ? Pas plus qu’avec le Diviseur, Jésus ne se laisse enfermer dans le piège qui lui est tendu. S’il avait simplement acquitté la femme, il se serait placé en contradiction avec la Torah. S’il avait accepté la condamnation à mort, il aurait été en conflit avec les romains qui se réservaient une telle sentence mais aussi avec son enseignement de miséricorde. D’aucuns se demande où est l’amant qui aurait dû lui aussi être mis à mort (Cf. Lv 20, 10 ; Dt 22, 22). Le mari n’est pas là non plus. Ces deux absences prennent sens dans une lecture métaphorique. Le mari, c’est Dieu et l’amant, les faux dieux qui n’ont pas d’existence. Jésus « se redresse » deux fois, la première pour parler aux accusateurs (v 7), la seconde pour s’adresser à la femme restée seule avec lui (v 10). La troisième fois, ce sera après avoir vaincu la mort ! Mais la mort est toujours là ! Et nous sommes encore en chemin pour participer à cette victoire. Ainsi, faut-il remarquer que Jésus ne pardonne ni à la femme ni aux accusateurs. Ceux-ci s’en vont, en commençant par les plus vieux (presbyteroi !) peut-être leur âge les rend-il plus conscients de leur bévue. Celle-là est envoyée sur un nouveau chemin dont le péché devrait être absent.

 

Mais, comme la semaine dernière, avec les deux fils, l’histoire reste en suspens. Sans doute, parce qu’il nous revient de l’écrire en imitant le Fils. Ni en accusant fièrement les autres comme si nous étions meilleurs qu’eux. Ni en étant des condamnés isolés comme si nous étions les plus grands des pécheurs. Mais en reprenant la route qui passe par l’abaissement du Vendredi Saint. Il nous faut écrire sur le sol de nos vies, souvent ensablées dans les contradictions. Alors levant les yeux, nous pourrons nous redresser pour voir la Croix qui, entre Ciel et Terre, dessine une fraternité nouvelle, non plus basée sur le péché qui divise mais sur l’amour qui donne, qui pardonne… Qu’on se le dise, Dieu nous aime trop pour nous condamner. Il préfère nous ouvrir un avenir différent ! Bonne route vers la Pâque…

 

Pascal Janin