Luc 15, 1-3. 11-32 (4ème dimanche de Carême C)

 

The Prodigal Son: Reflections on Teaching | From Atheist ... 

 

On connaît bien cette parabole, inséparable dans notre imaginaire du tableau de Rembrandt.  On ne compte plus les commentaires exégétiques, théologiques, psychanalytiques de ce texte qui demeure d’une actualité étonnamment polémique. La liturgie nous le rappelle en le faisant précéder des trois premiers versets de ce chapitre 15 : comment Jésus peut-il faire un si bel accueil aux pécheurs jusqu’à partager leur table ? Suivent deux paraboles qui insistent sur la joie de retrouver celui qui s’est converti. La troisième, celles du père et de ses deux fils, vient ouvrir un avenir aussi joyeux qu’insoupçonné tant à ceux qui se sont éloignés de Dieu qu’à ceux qui pensent l’avoir toujours servi avec zèle. Cette thématique de la joie n’étonnera que ceux qui ont oublié le nom traditionnel de ce quatrième dimanche de Carême : « laetare » !

 

L’antienne d’ouverture de la messe débute en effet par un « réjouissez-vous » et le violet liturgique, déjà éclairé de la lumière pascale, fait place au rose. Mais comment voir la vie en rose devant un père qui laisse tout faire à son cadet sans se préoccuper de son aîné (litt. presbyteros) qui, lui pourtant, le respecte ? Jésus vient renverser nos perspectives, comme d’habitude. Mais alors que ce devrait être un « habitus », comme une seconde nature depuis notre baptême, nous sommes encore surpris par l’agir divin. La logique du Père est parfaitement cohérente. Ce qu’il fait au début, partager son bien (litt. bios : la vie, v 12), il l’explicite à la fin : « tout ce qui est à moi est à toi » (v 31) ! Pourtant aucun des deux fils ne semblent en avoir conscience. Le premier part sans connaître le début de la parole paternelle : « Toi, tu es toujours avec moi » (Id.) et de fait, dans cet éloignement, dilapide cette « vie » qui lui a été donnée. Le second ne s’était pas encore aperçu de ce don qui lui avait été fait, à lui aussi, au début de l’histoire. Les deux méconnaissent donc leur père et l’histoire laisse la suite ouverte. On ne saura pas si le petit frère revient seulement parce qu’il n’a plus rien à manger après une vie sans retenue (asôtôs) qui le conduisit à garder les porcs, animaux impurs ! Pas plus qu’on ne nous montrera le plus vieux participer au festin.

 

L’important est ailleurs, dans la révélation d’un amour inconditionnel, et comment ne pas voir que l’attitude de Jésus qui partage le pain avec ceux qui se sont éloignés de Dieu, incarne cette Bonne Nouvelle ? Il restera toujours des grincheux à la logique comptable, tels des presbyteroi, nos amis scribes et pharisiens et leurs descendants, pour dire qu’eux seuls auraient mérité au moins un chevreau ! Mais c’est le veau gras que Dieu offre… Vous l’aurez bien compris : Luc ne fait pas l’apologie d’une vie de jouissance que le père ne vient d’ailleurs pas combler, pas plus qu’il ne méprise une vie vertueuse. Il nous rappelle seulement que le Fils, Jésus, vient réconcilier à la même table ceux et celles qui, par ignorance, se sont égarés du chemin qui y mène. Les premiers en pensant que la vraie vie se trouve du côté d’une indépendance absolue, les seconds en vivant dans une servilité non moins infantile, tous ont encore à apprendre ce que signifie être « fils héritiers » ! Certains ne s’en sentent pas dignes (v 19) mais le père ne leur laisse pas finir leur confession parce que la filiation ne se mérite pas, elle se donne sans retour possible. D’autres ne veulent pas ressembler à leurs frères qu’ils envient peut-être secrètement. Eux sont restés mais ils sont comme dehors, puisque le père sort pour les prier tout comme il avait couru à la rencontre du fils perdu. Ne « murmurons » pas (v 2), ne soyons pas en colère (v 28) mais réjouissons-nous de ce que Dieu nous rassemble en frères et sœurs. La Pâque approche. En route, pour revenir (un des sens du mot conversion) de loin ou des champs et festoyer ensemble !

 

Pascal Janin