« quarante jours pour apprendre à aimer » !

 

Scènes bibliques

 

C’est Henri Grouès (l’Abbé Pierre, mort en 2007 il y a 12 ans) qui l’écrit dans son testament (1994) : « Nous venons sur terre pour apprendre à aimer » !

« Car-Aime ». C’est le mot que m’a confié un enfant. Et depuis j’ai mieux compris le sens du « carême » :

« Quarante jours pour apprendre à aimer » !

Jésus, après son baptême, fut conduit au désert pendant quarante jours. Là il estconfronté aux forces du mal : le pouvoir dévoyé, la suffisance, l’orgueil. Là il fait le choix de la liberté : aimer et donner sa vie !

Il a fallu quarante ans au Peuple d’Israël libéré de l’esclavage d’Egypte pour prendre possession de la Terre Promise et surtout pour se déposséder de ses idoles, se libérer du mal et apprendre à aimer le vrai Dieu, apprendre à « s’aimer entre frères » !

 

Vivre avec les autres

J’aime bien ce mot d’Henri Grouès (l’Abbé Pierre) dans ses « confessions (2002) : « Sartre écrivait : « L'enfer, c'est les autres ». Je suis intimement convaincu du contraire. L'enfer, c'est soi-même coupé des autres. »

« Aimer » est un mot bien galvaudé. Aimer « comme » Jésus, qu’est-ce que cela veut dire ?

Durant le temps du carême faire le point avec la « boussole » de « l’amour » !

 

« L’autre est un don »

Dans sa lettre d’invitation au Carême 2017, le Pape François commente la parabole de Lazare et de l’homme riche (Luc 16,19-31). En voici un extrait : « La première invitation que nous adresse cette parabole est celle d’ouvrir la porte de notre cœur à l’autre car toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas. Le Carême est un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin et reconnaître en eux le visage du Christ. Chacun de nous en croise sur son propre chemin. Toute vie qui vient à notre rencontre est un don et mérite accueil, respect, amour. La Parole de Dieu nous aide à ouvrir les yeux pour accueillir la vie et l’aimer, surtout lorsqu’elle est faible ».

 

« Dis-moi comment tu aimes, je te dirai qui est ton Dieu » (Maurice Bellet)

Aimer gratuitement, aimer sans attendre de retour.

Lorsqu’on aide un « sans papier » à obtenir un titre de séjour, lorsqu’on héberge quelqu’un en grande détresse, lorsque l’on donne de son temps à une personne qui a besoin d’une oreille et d’un cœur qui l’écoute, il arrive que l’autre – fragile et blessé – ne puisse pas trouver les mots ou les gestes pour nous remercier. Cela peut nous choquer. Aimer à la manière de Jésus, c’est donner « gratuitement », sans attendre de « retour » !

Aimer celui ou celle qui n'est pas aimable !

Apprendre à discerner derrière une carapace d'antipathie, derrière l'amertume, la solitude, ou la détresse ! Voilà ce que peut rendre possible l'amour de Dieu. Aimer, c'est voir l'autre tel que Dieu le voit et répondre à ses attentes. Cet amour-là est capable de révéler l’autre à lui-même. Il va se découvrir « aimable », retrouver confiance en lui, recouvrer dignité et estime alors qu’il désespérait de lui-même.

Quarante jours pour nous préparer à Pâques :

C’est l’Amour qui fait passer de la mort à la vie !

 

Denis Chautard

Prêtre à Vernon (Eure)