Luc 6, 17, 20-26

6ème dimanche C

Dimanche 18 février

 Les Béatitudes, un message pour aujourd’hui ? - Paroisse ...

Comme Moïse, Jésus descend de la montagne pour enseigner, mais il n’est pas seul. Les Douze qu’il vient de choisir comme « apôtres » l’accompagnent. Des disciples et une foule venue de Judée ou de terre païenne sont venus pour l’entendre (v 18). C’est à eux tous que Jésus adresse des paroles renversantes. Pourtant le lecteur ne devrait pas être surpris de la première béatitude. Les pauvres ont déjà été désignés comme les destinataires de la Bonne Nouvelle (4, 18. Id. en 7, 22). Même si « maintenant » (v 21) encore, ils pleurent ou ont faim, le « Royaume de Dieu », est déjà à eux ! On ne peut donc prétexter ce texte pour faire attendre la justice dans un arrière-monde. D’abord, parce ce serait contredire la perspective de Luc qui n’a de cesse de montrer comment la communauté de foi engendre un partage fraternel (par exemple les paraboles du bon Samaritain ou de Lazare, et la description de la première Eglise dans les Actes). Ensuite, parce que les repus et les rieurs sont « malheureux » (ouia, le grec nous fait heureusement songer à l’interjection : aïe !) « Maintenant » (v 24-25).

 

Il ne faut cependant pas oublier que le premier à avoir assumer la faim, c’est le Christ au désert. Mais il nourrira aussi une foule affamée, réalisant ainsi la promesse du Magnificat : « Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. » (1, 53). Si les pauvres et ceux qui n’ont rien sont heureux, c’est parce que Dieu intervient désormais en leur faveur. Encore faut-il que ce Dieu libérateur ait aujourd’hui le visage des disciples du Christ ! Comment croire autrement en ces béatitudes ? La conclusion de ce sermon dans la plaine ne compare-t-elle pas celui qui écoute ces paroles et les met en pratique à quelqu’un qui construit sur le roc ? (6, 47-48) Celui-ci est de sa famille (8, 12) qui vit déjà du bonheur promis (11, 28) ! Si le partage, qui n’est que justice, est constitutif de la vie de l’Eglise, les pleurs aussi semblent l’accompagner. Jésus n’a-t-il pas pleuré sur Jérusalem qui refusait de l’écouter ? (Cf. 23, 28 et 13, 34) On peut se demander pourquoi le peuple de Dieu se laisse si facilement tenté par les « faux-prophètes » ! On comprend surtout mieux pourquoi la précarité vécue par le Christ et les premiers disciples est chemin de bonheur. Elle nous éloigne du comportement du riche insensé (12, 16-21) en nous plaçant dans la perspective d’un Dieu qui, pour libérer les pauvres, vient vivre avec eux, sans même une pierre où reposer sa tête (9, 58). Pour être honnête, le Fils de l’Homme n’était pas sans table pour l’accueillir… Le plus souvent celles de publicains…

 

Il ne s’agit donc pas pour l’Eglise de penser que, parce qu’elle est critiquée ou persécutée, elle est dans la vérité de l’Evangile, surtout si elle prétend juger un monde mauvais du haut de sa vérité éternelle… C’est son prophétisme qui est en jeu et elle ne ressemblera aux prophètes qu’en partageant la vie des plus pauvres. Sa joie, y compris dans la critique, sera un critère de son authentique adhésion à la Parole (Ac 5, 41). A chaque communauté, à chacun, chacune, personnellement, de discerner ce que cela signifie. Pour nous y aider, je vous invite à relire l’ensemble de ce discours de Jésus (6, 20-49 plus court que le sermon sur la montagne de Matthieu) Rien de tel que de se plonger dans la Parole pour goûter le bonheur que Dieu nous donne « maintenant » !