Luc 5, 1-11

5ème dimanche C

Dimanche 10 février

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Après l’échec de la semaine dernière et les guérisons à Capharnaüm (omises par la liturgie), nous retrouvons une foule avide « d’entendre la parole (logos) de Dieu » à tel point que Jésus est obligé de monter dans une barque pour continuer à enseigner. Il s’était d’ailleurs éloigné de ceux qui voulaient l’accaparer (4, 42-43) et il demande à Pierre de « quitter un peu la terre pour s’avancer un peu » (v 3) puis d’ « avancer en eau profonde » (v 4). Aucune communauté ne peut enfermer la Parole. Plus encore, pour voir Dieu, il faut consentir à une certaine distance, et l’itinéraire des disciples dira de quoi il faut se séparer comme Simon, Jacques et Jean qui, « ayant tout quitté », suivent Jésus. Pour l’heure, à sa suite, il s’agit de bien regarder. C’est d’abord Jésus qui voit les deux barques dont celle de Simon (v 2).

 

Les deux ne sont pas des inconnus l’un pour l’autre puisque Jésus vient de guérir la belle-mère de celui à qui il ordonne maintenant de jeter les filets (4, 38). Est-ce en raison de son enseignement « en autorité » (4, 32) ou du miracle familial que Pierre lui obéit ? Les deux, sans doute, puisque, avouant son impuissance de la nuit, c’est sur sa « parole-événement » (rhèma, v 5) qu’il obéit au « chef » (epistatès) dont il voit (v 8) la puissance. La vocation de Simon nait donc de ce regard de Jésus auquel il répond en constatant l’efficacité de la parole et en confessant son effroi devant une réalité qui le dépasse (v 9). Il aura la même réponse que Zacharie, Marie et les bergers : « ne crains pas ». Cet impératif est à lire comme un indicatif : « Dès maintenant », tu reçois une nouvelle mission dans le prolongement de ta vie et pourtant radicalement différente : tu continueras à pécher, mais ce sont des êtres humains que tu « prendras vivants » (zôgrein). Il ne s’agit donc pas d’emprisonner les personnes dans les rets d’une loi divine mortifère dont la crainte serait le substrat, mais au contraire de les arracher à l’emprise de la mort. Jean relate d’ailleurs lui aussi, mais après la résurrection (Jn 21, 1-14), une pèche miraculeuse qui se conclut par la vocation de Pierre (21, 15-19). Il convient cependant de préciser que, dans notre évangile, l’appel du Seigneur ne s’adresse pas au seul Simon mais aussi à Jacques et Jean, ses compagnons (koinônoi) qu’il avait appelé à l’aide. Luc précise en effet qu’une seule embarcation ne suffisait pas puisque les filets allaient se déchirer et que même les deux « enfonçaient ». Si l’on songe que la thématique de la barque ne peut pas ne pas évoquer, pour nous, celle de l’Eglise (Cf. 8, 22-25 où l’on retrouve la crainte, le chef et la foi), on est porté à penser que la barque de Pierre ne suffit pas ! Certes, certains biblistes notent avec raison que c’est Simon l’interlocuteur privilégié de Jésus et que les frères Zébédée sont insérés dans le récit de manière plutôt artificielle. Il n’empêche : il a fallu deux embarcations et Pierre laissera la place à Paul dans la deuxième partie des Actes ! L’Apôtre des Nations, quant à lui, ne nous invite-t-il pas à vivre la kénose, l’abaissement du Fils… comme ces barques qui s’enfoncent ?

 

Ajoutons que l’évangéliste ne nous dit pas si Jésus est resté dans la barque après son enseignement et si c’est sur terre que Simon se prosterne… Jésus nous échappe
encore ! Cet épisode ne nous invite-t-il pas à la confiance humble ? Simon nous le redit : le  « chef », c’est le Christ et nul ne peut prendre sa place. C’est lui qui enseigne, c’est lui dont la parole (logos et rhèma) nous fait sortir de l’abîme comme les poissons, comme les premiers disciples qui doivent quitter leur monde. Pour aller où ? Peu importe puisque, comme eux, nous mettons notre foi en Celui qui est bien présent et toujours au delà. Que la barque Eglise enfonce, qu’une autre vienne à son aide n’est pas un problème si Dieu est avec nous ! Encore faut-il le suivre…