Dimanche 16 décembre

3ème dimanche de l'Avent - dimanche de la joie

 

Nous célébrons le fameux dimanche « gaudete ». Nous sommes donc invités à nous réjouir au milieu de l’Avent mais on aurait pu s’attendre à le faire avec un autre personnage que Jean et son annonce du feu qui ne s’éteint pas ! Amoins que cet évangile ne nous dise précisément ce qui nous met dans la joie : de fait, ce sont les foules, des publicains et des soldats romains qui viennent se faire baptiser. Tout le monde vient demander conseil au Baptiste, même ceux qui sont considérés comme pécheurs. Son message n’a d’ailleurs rien de l’extravagance d’un prophète vêtu de poil de chameau et se nourrissant de sauterelles comme chez Matthieu. Il demande simplement aux uns et aux autres de vivre dans le respect de la justice. Si déjà nous le vivions, le monde en serait transformé : qui n’a pas chez lui des vêtements ou de la nourriture qu’il pourrait partager ?

Un premier motif de réjouissance pourrait donc être de vivre cette conversion qui ne nous demande rien de plus que ce que nous pouvons et devons raisonnablement faire. Mais il y a plus. La foule (v 10) devient le peuple en attente (v 15) qui ne questionne plus sur ce qu’il faut faire mais se demande qui est Jean. Celui-ci peut donc préciser la vraie cause de notre joie : la « bonne nouvelle » (v 18), c’est la venue d’un autre qui ne baptisera pas seulement dans l’eau mais dans l’Esprit et le feu. En ce début d’année (liturgique), Luc nous renvoie donc à un autre commencement qui accomplit ce que Jean avait annoncé : les témoins de la Pentecôte demandaient aussi à Pierre ce qu’ils devaient faire (Ac 2, 37). Nouveauté radicale… Nous sommes déjà bien en peine de partager ce qui encombre nos armoires…

Accueillerons-nous celui qui naît sur la paille, comme ceux qui ont tout perdu ? Je sais bien que cette image relève plus des légendes populaires que de la précision exégétique mais il est clair que Jésus n’est pas né dans un palais ni entouré de puissants et que sa vie a été une interrogation pour ses contemporains. Ainsi, le peuple est-il prêt à voir en Jean le Messie alors qu’il ne voyait en Jésus que « le fils de Joseph » (4, 22) ! Le bibliste Radermakers commente : «La grâce qu’il proclame est telle qu’elle scandalise : la scène violente qui suit la proclamation de l’année de grâce exprime ce choc, ce scandale face aux « paroles de la grâce » et au bouleversement qu’elles inaugurent ».

C’est le respect de l’autre qui devient le lieu de vérification de notre relation à Dieu (v 10-14). Et la Tradition biblique est aussi une vive critique des traditions humaines qui risquent de scléroser notre regard en nous empêchant de voir celui ou celle qui est à côté de moi. Jean annonce Quelqu’un de plus grand que lui mais c’est un enfant que l’on recevra et un crucifié qui ouvrira le paradis à un brigand !

Pascal Janin