PAUVRES DE RICHESSES

 

            Nous n’avons pas le monopole prophétique ; Moïse et Jésus nous mettent en garde contre notre désir d’exclusivité. Le Seigneur se sert comme il veut de qui il veut : d’un roi païen, Cyrus le Grand, Roi des Perses, Dieu a fait un messie reconnu comme tel par les Juifs. A l’époque de Jésus, certains Juifs voyaient le Messie sous les traits d’un cavalier parthe (perse). « Qui n’est pas contre nous est avec nous. »

            A un niveau plus modeste, l’intuition des fondateurs de Police & Humanisme a été partagée par d’autres que nous, même si nous avons eu une part déterminante dans l’évolution humaniste de la Police. Nous n’avons pas le monopole de l’action ; l’institution policière a organisé ce que nous lui avions suggéré.

 

            Je viens de faire une découverte : Saint Jacques est - comme on dit de nos jours -  «un complotiste »! Il est en complet décalage d’avec la pensée dominante de son temps. Songez ; non seulement il dénonce les errements des riches, leur voracité et leur dépravation, mais il les maudit ! Ces imprécations rejoignent celles de Jésus fustigeant « celui qui est un scandale » pour son frère.

            Les malédictions dont souffrent les riches sont leur surdité, leur cécité, leur insensibilité vis-à-vis d’autres que leurs congénères ; il est d’ailleurs connu que trop de consanguinité draine des tares… Ne dit-on pas un « argent fou » pour désigner l’opulence ? Ne dit-on pas d’un coupable - notamment d’abus de pouvoir - que c’est un « misérable » ? Richesse et pouvoir rendent fou, voire stupide ; c’est la fameuse hubris qui consiste à se croire le centre de tout, ce qu’est le riche d’une certaine façon ; et plus son pouvoir est grand, plus sa responsabilité et sa culpabilité seront grandes.

            Pour nous libérer des riches et de leurs tentations, des voies nous sont proposées :

- se tourner vers les « périphéries » indiquées par le Pape François ;

- opter de manière préférentielle pour les pauvres de toute nature ;

- adopter - en l’adaptant à notre situation - la théologie de la libération.

            Dans « Libérez Barrabbas », Gilbert CESBRON dissèque l’antinomie entre bourgeois et chrétien. Si l’Eglise institutionnelle ne s’était pas embourgeoisée au point de contracter les virus de la toute puissance et du pouvoir, elle aurait été en droit légitime d’excommunier les banquiers, patrons et autres responsables véreux et voyous initialement baptisés dans la foi catholique. Qu’ont-ils fait des pauvres, leurs frères ?

            Comme le dit Montesquieu : « Un Etat se soutient par ses moeurs ». Faute pour nous de désamorcer la bombe sociale de l’injustice et de l’abjection, les imprécations de Saint Jacques se réaliseront. « Le Seigneur renverse les puissants de leurs trônes ; il élève les humbles. » 

 

            Cependant, miséricordieux, Jésus nous explique comment nous couper de la base de notre péché et parvenir à nous sauver ; même si le prix en est élevé*, le salut est donc possible pour tous. Malheur à qui ne le saisit pas !

            Alexandre GHANEM

 

* Il y avait à Jérusalem la porte « du chameau » par laquelle ces animaux ne pouvaient entrer que délestés de leurs charges ; on comprend mieux la parabole de Jésus…

 

GROS LOT

 

 

 

J’annonce la chute finale,

Je répands mes relents pervers

Jusqu’aux confins de l’univers ;

Je suis l’internationale.

 

Sans foi ni loi, sans Dieu ni maître,

Je suis la source des avoirs ;

Je commande à tous les pouvoirs

Qu’à ma guise je peux démettre -

 

Et tout le monde m’est soumis.

Seuls quelques fous me tiennent tête.

Voyez qui signe à mon en-tête :

Les fils de rois sont mes commis !

 

Je suis la banque, la finance ;

Je gagne toujours le gros lot.

Pour moi, le pauvre est un salaud

Porteur de crasse et nuisance.

 

Je n’ai que faire des sans dents,

Des misérables sans fortune.

Je veux le fric, le blé, la thune ;

Je nage dans les excédents.

 

Je manipule toute envie.

Je me transforme en tentateur

Dans l’espoir d’être corrupteur ;

Par mes crédits je tiens la vie.

 

Je dispose de bout en bout

Les balises de l’existence :

J’écrase toute résistance,

Je veux que nul ne soit debout,

 

Que cette masse soit rouage -

Variable d’ajustement.

Tu reviens triomphalement,

Ô temps béni de l’esclavage !

 

 

 

Alexandre GHANEM