Evangile de la Vigile pascale

Marc 16, 1-8

 

En cette vigile pascale, nous lisons le récit de la résurrection de Marc. C’était la première finale de son évangile, sans doute trop abrupte pour que d’aucuns décident de l’harmoniser avec Matthieu. Elle se termine en effet sur la double désobéissance des femmes qui restent dans la peur alors qu’elles auraient dû « aller dire aux disciples et à Pierre » ce qu’elles venaient de voir et d’entendre. Il est vrai qu’elles étaient venues pour « embaumer le corps de Jésus » toutes préoccupées de savoir qui roulerait la pierre du tombeau. Qui aurait eu la force de déplacer cette « très grande » pierre ? Dieu seul peut-être ! Mais nos femmes sont encore dans la mort avec le seul expédiant humain qu’elles connaissent pour la déjouer : l’embaumement, alors qu’il a déjà eu lieu à Béthanie (14, 8) Ce n’est pourtant pas un « cadavre » (15, 45) mais le corps de quelqu’un qu’elles ont suivi, même si c’était parfois de loin (15, 40.47). Elles ne peuvent encore comprendre ni la présence de ce « jeune homme » ni ce qu’il leur dit. Entre deux impératifs, celui-ci prend pourtant en compte leur recherche parce que Dieu nous questionne toujours de là où nous sommes. Le participe parfait (celui qui a été crucifié) leur donne même raison sur un point : ce qu’il a été sur la croix dure encore, mais de manière radicalement différente puisqu’il a été « éveillé » (v 6) du sommeil de la mort. Cette heureuse annonce provoque tremblement en les mettant littéralement hors d’elle-même (ekstasis, v 8). De fait, il faut sortir du tombeau, de soi, pour suivre celui qui nous précède, comme il l’avait dit, au carrefour des nations, la Galilée…

 

Ne ressemblons-nous pas à tous les personnages de cette scène ? A ce « jeune homme » déjà rencontré au moment de l’arrestation du Christ et qui s’est enfui nu mais que l’on retrouve vêtu de blanc comme le Christ lors de la transfiguration ? Certaines expériences nous mettent à nu, sans protection, sans masque, sans rien… Mais la foi nous permet de traverser la nuit pour revêtir des habits de lumière et être témoin d’une autre réalité au petit matin d’un soleil à peine levé (v 2). Il faut l’avouer, nous sommes le plus souvent, comme ces femmes, encore dans la peur de mourir ou de voir mourir et nous transférons notre rêve de vie dans un autre monde… pour plus tard. Mais c’est maintenant qu’elles ont à engendrer le Royaume annoncé depuis le début de l’Evangile (1, 15). Il n’est pas anodin que ce soient des femmes qui aient cette mission, car il s’agit bien d’un enfantement. La vie ne sera jamais plus comme avant, comme pour les témoins d’une naissance. On perçoit désormais pourquoi Marc termine ainsi son Evangile. Pierre et les disciples ne comprenaient pas Jésus qui annonçait sa passion (8, 32 ; 9, 32) mais Jésus à continué à les faire avancer (8, 38 ; 9, 35-37). Cette fois, c’est nous qui, peut-être, ne voyons pas que le tombeau vide est signe d’un monde nouveau mais puisque nous lisons l’Evangile, nous savons bien qu’il ne s’agit plus d’embaumer le Seigneur comme on conserve un rêve dans un boite à souvenirs à jamais perdus. A nous, comme le jeune homme de l’annoncer. A nous, comme les femmes de faire naître ce monde nouveau… Il nous précède là où nous sommes. A nous de le suivre là où il veut nous emmener. C’est la joie de la Pâque. Bon « passage » à chacun et chacune !