Dimanche 25 mars 

Marc 14,1 - 15,47

 

Pour entrer dans la Grande Semaine, nous relisons la passion du Christ écrite par Marc. L’évangéliste est clair : Jésus est accusé non par la foule qui l’a acclamé avant de réclamer sa mort, ni par Pilate qui ne fait que rapporter ce qu’il a entendu (15, 4), mais par les chefs religieux qui veulent le mettre à mort pour blasphème ! (14, 63-64)

 

C’est donc sa relation à Dieu qui est en jeu et son acceptation ou son refus. Le peuple de Dieu, avec ses grands-prêtres et ses scribes, préférera s’en moquer en narguant « son » roi (15, 31) précisément sur cette question : « toi qui détruis et rebâtis le sanctuaire, descends de la croix, sauve-toi toi-même » (15, 29-31). La réponse divine ne se fera pas attendre puisque le voile du Sanctuaire se déchire du haut jusqu’en bas comme pour attester que Dieu n’y est plus (15, 38) mais Jésus meurt en croix. Il ne se sauvera pas lui-même mais connaîtra l’abandon même de Dieu (15, 34). Sa prière semble se perdre dans la nuit de la foi. Voilà qui est insupportable. Comment le messie de Dieu (14, 61-62) pourrait-il connaître pareille fin ? Inacceptable pour les bien-croyants ! Pour accentuer le scandale, c’est un païen, un centurion romain, qui qualifie le plus justement Jésus comme « fils de Dieu » (15, 39) récapitulant ainsi tout l’Evangile (1, 1.11 ; 9, 7). Cette Passion est donc la subversion de tout discours religieux puisque Dieu est là où on ne l’attend pas ayant quitté le lieu que lui avait assigné les hommes. Ils ont beau vouloir l’arrêter, l’enfermer avec violence (14, 48), sa parole est libre et si elle dérange encore, c’est autant ceux qui se disaient être ses fidèles que les autres comme tous s’étaient alliés pour le crucifier. De fait, Jésus semble bien seul, entouré de deux compères d’infortune… des brigands qui l’insultent aussi. Celles et ceux qui ne se moquent pas regardent de loin (15, 40). Marc mentionne cependant un personnage énigmatique : un jeune homme qui, au moment de l’arrestation, s’enfuit tout nu (14, 51-52). Il est le dernier à « suivre » Jésus et, comme lui, est « saisi » par les gardes qui ne peuvent que retenir le drap qui le couvre. C’est le même tissu (sindôn) qui servira pour l’ensevelissement de Jésus (15, 46). C’est aussi un jeune homme (néaniskos), assis à droite du tombeau, mais vêtu différemment, qui annoncera aux femmes la résurrection (16, 5). Ce passage propre à notre évangéliste a été l’objet de nombreuses interprétations. Dans la crise que nous traversons, ne peut-on y lire une figure de l’Eglise ?

 

Elle désire suivre Jésus mais ne le peut pas tout de suite. Le choc de la Passion est trop bouleversant et elle ne sort pas indemne de cette expérience. Elle doit se dénuder, abandonner ce qui la couvre, le laisser aux violents, pour revêtir le vêtement blanc de la résurrection, comme son Seigneur fut dépouillé de ses vêtements (15, 24). Marc ne mentionne pas comme Jean le linceul laissé dans le tombeau mais son corps n’est-il pas désormais présent dans celui du jeune homme resplendissant comme le Christ de la transfiguration (9, 3) ? Dans son Eglise ? Reste à savoir si elle est encore dans son linceul ou si elle a été revêtue de la lumière de Pâque… Sans doute les deux à la fois. Le chemin n’est pas terminé. Bonne semaine sainte !