Dimanche 11 mars 2018

4ème dimanche de Carême

2 Ch 36, 14-16.19-23 / Ps 136 / Ep 2,4-10 / Jn 3, 14-21

 

            Rester en silence. Ne plus chanter, à peine parler, ne plus jouer ni même entendre de la musique. S’enfoncer dans la solitude de son exil, devoir accepter de vivre loin de chez soi. Et sa terre n’existe plus qu’en esprit, qu’en souvenir empreint de nostalgie mélancolique, elle ne s’anime plus que dans sa tête et c’est ce souvenir, seulement ce souvenir qui permet de tenir.

 

            Le psaume 136 me touche. Ses mots, ciselés, imagés, sont parlants, émouvants.

            En tant qu'être humain, ils me font penser à ces migrants qui traversent le monde et interrogent notre conscience et notre cœur. Si loin de leurs racines, comment peuvent-ils trouver la joie ? C’est toute leur famille, tout leur quotidien, leurs traditions, leur cuisine qui sont restés là-bas, qu’ils ont laissé malgré eux derrière eux pour s’enfoncer, seuls, vers l’inconnu, espérant trouver, au-delà d’un travail, plus encore que de l’argent, des sourires, des mains tendues, cette hospitalité qui devrait être naturelle à tout homme simplement parce qu’il est homme.

            En tant que policier, ces versets me font penser aux individus interpellés, fouillés, placés en garde à vue ou en dégrisement dans une cellule de nos commissariats. Qu’ils soient coupables ou qu’ils ne le soient pas, les voici face à eux-mêmes, leur conscience et leur âme à nue. Loin de leurs repères, ils sont déracinés, angoissés, inquiets par l’incertitude de leur avenir, comment peuvent-ils trouver la joie dans ces conditions ?

 

            Mais Dieu est là. Par sa seule évocation, la solitude n’est plus. Par son seul souvenir, la joie peut revenir et subsister dans tous les cœurs. Il est le présent et il est l’avenir. Il est surtout l’espérance, celle d’une existence meilleure qu’elle n’est, celle d’une éternité en tous points merveilleuse.

            Ne pas perdre Dieu de vue, ne pas l’écarter de sa mémoire, c’est la condition sine qua non pour être et demeurer un homme heureux, une femme heureuse. On pourrait poursuivre ce psaum e par ces versets du livre du Deutéronome au chapitre 6 : « écoute Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force. Ces paroles que je te donne resteront dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé. »

           

            En ce temps de Carême, à quelques jours de Pâques, ne perdons pas l’espérance, n’oublions pas notre Seigneur, prenons son exemple pour, à notre tour, accueillir l’étranger, le mis en cause, et toute personne qui, quelle que soit sa forme de pauvreté, a besoin de Dieu. Soyons les instruments de son amour et donnons, largement, généreusement, toute la joie qui dort en notre cœur, pour qu’elle s’étende, contagieuse, au monde entier.

            Utopique ? Bien sûr que non ! C’est en faisant notre part, aussi modeste soit-elle, à ceux qui sont autour de nous, que nous côtoyons chaque jour, que nous rencontrons au hasard de nos chemins, que l’amour de Dieu se répandra. Gardons à l’esprit cette phrase de Saint Jean de la Croix : « si tu ne trouves pas l’amour, mets l’amour, et tu trouveras l’amour. »

 

                                                                                              Laurent Szymczak

                                                                                                     Rennes