LA JOIE TRAGIQUE DES SAUVES

Premier dimanche de Carême

 

 

« Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez vous et croyez à l’Evangile. » Voici l’annonce inaugurale de l’apostolat de Jésus.

 

Recevoir une bonne nouvelle incite à s’en ouvrir à son entourage, soit de façon explicite par la parole, soit de façon implicite par le comportement. Dans les deux cas, diffuser la bonne parole n’est pas une promenade de santé. Ceci tient à la nature de la bonne nouvelle, car celle-ci n’est pas bonne pour tout le monde ; elle va à l’encontre du « monde », le bouscule dans ses routines et conforts, ses craintes de tous ordres, ses peurs, ses lâchetés – qui sont aussi les nôtres.

 

À vrai dire, cette bonne nouvelle est la subversion suprême : elle enseigne à l’humanité qu’elle est composée d’êtres libres, égaux et fraternels -  tous réunis dans l’affection d’un même Dieu et Père.

 

Libres de toute servitude politique, économique, sociétale ou sociale – comme Jésus face aux marchands du Temple - nous pouvons subir les rigueurs et les pesanteurs de l’ordre établi sans en être dupes, rendant à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Cette idée laïcisée s’exprime dans le concept des « baïonnettes intelligentes ».

 

Egaux, enfants d’un même Père, nous savons qu’il n’y a « ni homme ni femme, ni homme libre ni esclave, ni Juif ni Grec » ; le fonctionnement de la cité entraîne « les distinctions (qui) ne se fondent que sur l’utilité commune ». Le chef y est le « primus inter pares » et n’est que cela. Enfin, lors de l’intronisation d’un pape, un cardinal rappelle au nouvel élu : « Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière. Gn 3,19)

 

Fraternels, nous le sommes parce que libres et égaux ; un maître et son esclave ne peuvent être fraternels, car la sympathie réciproque qu’ils peuvent éprouver l’un pour l’autre sera biaisée par leur lien statutaire. Se montrer fraternel à l’égard de son prochain lui permet de recouvrer liberté et dignité.

                            

Engoncée dans ses rentes de pouvoir, la société est peu réceptive à la bonne nouvelle qui lui est aussi étrangère qu’étrange ; la lui annoncer s’avère être un chemin de croix… Il est dangereux de lui délivrer un tel message, un tel témoignage. Un auditoire sourd réagit violemment ; il y a des risques de se faire moquer, rejeter, exclure, persécuter, lyncher, assassiner. On appelle cela le martyre.

 

En ce temps d’entraînement spirituel, ne perdons pas de vue que le terme du Carême n’est pas le Vendredi Saint, mais le jour de Pâques – où nous manifesterons la joie tragique des sauvés.

 

 

 

Alexandre GHANEM

 

P.S. En méditation du Vendredi Saint, je vous recommande la chanson de Georgette Plana intitulée : Les dernières paroles du Christ.  Sur une mélodie désuète, il s’agit d’une prière de toute beauté.