Jean 1, 35-42

2ème dimanche B

 

La liturgie nous propose de lire la vocation des premiers disciples. Les disciples, en effet, après avoir entendu le Baptiste qui condense la vie et l'attente d'Israël, suivent Jésus. « L'Agneau de Dieu » qui vient radicalement renouveler le culte, c'est-à-dire la relation à Dieu, se retourne vers eux comme on relit le passé et commence par leur poser une question : « que cherchez-vous ? ». C'est sa première parole dans l'Evangile de Jean et l'on ne peut manquer de la rapprocher de celle du Ressuscité, au premier jour de la semaine : « qui cherches-tu ? » (20, 15). Entre les deux, se dessine l'itinéraire des disciples, et donc le nôtre, mais il ne s'agit plus de vouloir obtenir quelque chose, que ce soit le salut, la sagesse ou le bonheur, mais de trouver quelqu'un, comme André qui l'annonce à son frère qu'il vient lui-même de « commencer à trouver »… Si la mission de Jésus commence par une question, n'est-ce pas parce que l'autre (que ce soit le Christ ou le frère) ne cesse de nous faire avancer sans que rien ne soit jamais figé ? Pour « demeurer » avec Dieu, il faut venir et voir. Là encore, tout l'itinéraire est résumé dans ce commencement : après avoir écouté, il faut se déplacer pour voir. La vocation de Simon devient exemplaire. Jésus le regarde comme Jean l'avait regardé alors qu'il marchait (v 36 et 42) et lui donne un nouveau nom.

Si pour le quatrième évangile, Pierre n'est pas le premier disciple ni le premier à confesser la messianité de Jésus, comme dans les Synoptiques, sa primauté dans le groupe des disciples est affirmée par la parole que lui adresse tout spécialement le Christ. Mais il faut faire attention à la traduction. « Tu es Simon, tu seras appelé Képhas (ce qui veut dire pierre) »… pierre, cailloux et non rocher comme en Mat 16, 18 qui utilise le mot pétra (rocher) et non pétros comme Jean ! Sans rentrer dans les interprétations divergentes des exégètes sur le jeu de mot matthéen, peut-être ne faut-il pas oublier les perspectives différentes des évangélistes (et vous aurez tous noté que l’appel des premiers disciples ne se passe pas de la même manière chez Jean et chez Matthieu, Marc et Luc) qui reflètent la vie parfois conflictuelles des premières communautés chrétiennes… Celles qui se réclamaient de Jean, souriaient sans doute de ce trait d'humour du « disciple bien aimé » qui ne faisait de Pierre qu'une pierre ! Pas plus, ni moins non plus. Si son rôle est relativisé, il n'est pas minimisé. Il est simplement mis en relation avec toutes les « pierres (lithoi) vivantes » (1 Pi 2, 5) de la construction de l'Eglise. Pierre est donc la figure du disciple, avec ses élans, ses incompréhensions et ses trahisons… n’est-ce pas ce à quoi nous invite le successeur de Pierre, François, quand il nous appelle à vivre ensemble une Eglise synodale ? Nos diversités deviennent une richesse.

Jean a permis à deux de ses disciples (André et un autre…) de découvrir le Messie. André a permis à son frère Pierre de rencontrer le Christ. Nous ne pouvons oublier ceux et celles qui nous ont permis de faire la même découverte et de vivre cette belle expérience de Police et Humanisme. Jésus commence par poser une question sur ce que ses interlocuteurs veulent et non par faire de grands discours sur Dieu ou le salut… Jésus invite à découvrir : venir, voir, demeurer… N’est-ce pas aussi notre rôle ?

Pascal Janin