Marc 1, 1-8

2ème dimanche de l’Avent

 

« Commencement de l’heureuse annonce de Jésus Christ fils de Dieu ». C’est ainsi que Marc inaugure et résume son récit qui concerne celui que Pierre confessera comme Christ (8, 29. C’est-à-dire « messie », « oint ») et que le centurion reconnaîtra comme fils de Dieu (15, 40). Mais ce commencement (« archè » comme dans le Prologue de Jean ou la Genèse) s’inscrit dans une Ecriture qui précède et prévoit une annonce et celle-ci ne s’achèvera pas avec la fin du livre. La première finale de Marc s’arrête en effet sur la peur des femmes qui n’osent rien dire à personne (16, 8). La citation d’Isaïe est en fait un mixte du prophète de l’Exil mais aussi de Malachie et de l’Exode. Jean est comme la charnière de l’histoire toujours ouverte du peuple de Dieu. La déportation n’en était pas la fin puisqu’une route est à préparer (Is 40) par un messager qui annonce un jugement (Ml 3, 1) tout comme il guidait les hébreux à travers le désert (Ex 23, 20). Marc place ainsi le lecteur face à une nouvelle étape comme le furent la libération de l’Egypte et le retour de Babylone. Ce commencement se situe dans le désert qui est autant le lieu de l’épreuve et de la tentation que celui du renouvellement de l’alliance : le peuple y est en attente d’une manifestation divine qui l’invite à une réponse personnelle, c’est-à-dire une « conversion », littéralement, un changement de mentalité. Il semble qu’il ait répondu massivement en venant se faire baptiser par Jean, de « toute la Judée, tout Jérusalem »  mais la plongée dans les eaux du Jourdain doit l’amener encore plus loin.

Le baptiste, vêtu comme Elie, qui dans la tradition doit venir avant le Messie, n’est même pas « capable » de délier les sandales de celui qui est « plus fort » et qui, lui, plongera dans l’Esprit-Saint ! La conversion ne consiste donc pas à fuir les villes pour vivre comme un ascète, mais à accueillir une nouveauté qui nous dépasse. Le jugement est en fait le « pardon » de Dieu offert par son « oint ». Le texte lui-même hésite puisque certains manuscrits omettent la précision « fils de Dieu » dans le premier verset comme si cette mention provoquait à un changement trop fort de mentalité ! L’appel de Jean retentit encore en ce début d’année et la concision dont Marc est coutumier nous fait pressentir qu’il n’est pas de temps à perdre... Nous avons encore quelques petites semaines pour nous préparer à l’inédit de l’incarnation. Nous croyons déjà, bien sûr, que Jésus est le Christ, le Fils, le « fort » mais ne sommes-nous pas dans la même situation que le précurseur qui croit, qui sait, mais qui n’a pas encore découvert Celui qui vient ? La conversion, c’est pour aujourd’hui parce que c’est ici et maintenant que retentit encore « l’heureuse annonce » de la sainteté que Dieu, par l’Esprit, nous partage ! Ce message n’est sans doute pas si facile à entendre puisque la liturgie nous fera encore entendre la prédication de Jean la semaine prochaine...

Pascal Janin