Matthieu 21, 28-32 (26ème dimanche A)

Jésus vient de rentrer à Jérusalem, acclamé par les foules (21, 9) mais son premier geste aura été de jeter hors du temple les changeurs en renversant leur tables (21, 12). On comprend la question des autorités religieuses : « par quelle autorité fais-tu ceci ? » (21, 23) Jésus leur renvoie l’interrogation Et le Baptême que vous êtes allés voir, de qui était-il ? (Cf. 3, 7. 21, 25). Les chefs des prêtres et les scribes ne répondent pas. Jésus leur avait dit qu’il les questionnerait avec « une seule parole » (21, 24) : notre évangile est donc à entendre comme l’explication de cette unique question qui concerne l’autorité de Jean et la sienne. Les deux fils représentent l’humanité en besoin de conversion. Jean ne préparait-il pas les chemins du Seigneur (3, 2-3) ? Ici, Jésus parle du « chemin de justice » et de foi (v 32), c’est-à-dire de l’exemple d’un homme et de la réponse à donner en changeant de conduite. La repentance (v 29. 32) n’est pas le but ; elle est au service d’une confiance en celui qui vient de la part de Dieu. Or nos amis prêtres et spécialistes de l’Ecriture n’ont voulu recevoir ni Jean ni Jésus. Pire peut-être, leur défiance est hypocrite : ils craignent la foule qui tient le premier pour un prophète (21, 26) et Celui qui vient après pour le « fils de David » (21, 15) ! Ne négligeons pas cette note ecclésiologique de Matthieu, lui qui rêvait d’une communauté de frères et sœurs. En n’écoutant pas le peuple, en se coupant du « (bon) sens des fidèles », les chefs se sont fermés à l’appel de Dieu. Les diatribes du chapitre 23 leur rappelleront ce malheur !

Pourtant Jésus leur donne une clef pour comprendre la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils répondent d’ailleurs avec justesse en voyant bien que c’est le premier fils qui a « fait la volonté du père » (v 31). Comme la semaine passée, les derniers venus, les convertis de la dernière heure, ceux qui sont partis travailler tardivement à la vigne, les précèdent dans le royaume. Et pas n’importe lesquels : les publicains et les prostituées ! (v 31.32) Matthieu associe de manière originale les deux catégories. La prostitution est, dans la Bible, le symbole de l’infidélité du peuple, mais aussi de la persévérance de Dieu qui demande au prophète Osée de prendre une prostituée pour femme… Les collecteurs d’impôts en collaborant avec l’occupant romain, non sans quelques bénéfices, ne ressemblent-ils pas à ce peuple de Dieu qui n’a cessé de vouloir des alliances avec le plus offrant ? Or ces exemples d’infidélités deviennent des chemins de foi ! « Mais vous, en voyant cela, vous ne vous êtes pas repenti pour croire en Jean » (v 32) ! Cette parole ne nous invite-t-elle pas à convertir notre regard ? Notre œil, parfois mauvais (Cf. 20, 15), nous empêche peut-être de voir ce que Dieu fait dans le cœur de ceux et celles qui vivent différemment de nous, qui croient autrement mais en vérité, qui même renversent nos valeurs comme Jésus au temple… Ne soyons pas hypocrites. Nous ressemblons aux deux fils, comme à ceux de la parabole de Luc (15, 11-32). Refusant parfois d’écouter Dieu puis lui obéissant. A d’autres moments, faisant montre d’empressement mais pour vaquer à nos propres affaires ! S’il y a deux fils, c’est peut-être pour que, regardant l’autre, le différent, nous prenions conscience de la route encore à parcourir pour ressembler au Fils Jésus.