Dimanche 13 Août

Matthieu 14, 22-33

19ème dimanche du temps ordinaire

 

Alors qu’il les a étroitement associés à sa mission, Jésus pourtant « oblige » ses disciples à s’éloigner de lui. C’est la seule fois dans tout l’évangile de Matthieu. Après avoir renvoyé les foules, Jésus se retrouve donc seul, parce qu’il le veut, pour prier, à l’écart, sur la montagne. Comme au désert face au Diviseur (4, 8), comme à Gethsémani (26, 36.39) ne doit-il pas faire face à la tentation d’une messianité humaine, trop humaine ? On peut l’imaginer mais Matthieu ne décrit pas l’enthousiasme des foules qui voudraient le faire roi (Cf. Jn 6, 15). En revanche,  tout l’épisode est centré sur la relation de Jésus à son Père, dans la prière, qui doit aussi être celle que ses disciples entretiennent avec lui. La question de Jésus à Pierre le dit clairement : « Homme de peu de foi (littéralement : oligo : petit, pistos : croyant), pourquoi as-tu douté (hésité) ? ». Il ne s’agit donc pas de s’arrêter au merveilleux d’une puissance capable de multiplier les pains ou de marcher sur la mer parce que Dieu n’est pas celui qui pallie nos incapacités ni celui dont on doit avoir peur. C’est à la confiance qu’il nous appelle. On sait ce qu’il adviendra. Mais il leur en faudra aussi pour faire face aux persécutions et croire que la mort n’est pas le dernier mot. Jésus leur dit d’ailleurs ce qu’il dira aux femmes après la résurrection : « N’ayez pas peur ! » (28, 10), et face aux doutes des Onze, il leur rappellera le pouvoir qu’il a reçu et qu’il leur transmet (28, 18-19). Il est donc bien le « Fils de Dieu » (v 33) et ils se prosternent devant lui comme devant le Ressuscité (28, 17). Reste que la foi est une traversée admirablement décrite par notre évangéliste. Elle-même traversée par des moments de joie (multiplication des pains), d’affolement (v 26), de questions (v 28), de réponses positives (v 29) et d’adoration (v 33). Mais le doute en est aussi une étape.

 

Dans l’évangile de Matthieu, quand Jésus utilise le mot « oligopistos », c’est une invitation à faire confiance au-delà des apparences (6, 30 ; 16, 8) ou un reproche face à l’incrédulité (17, 20). Ici, c’est sans doute les deux puisque Pierre, prototype du disciple, doit croire en une situation pour le moins difficile, mais n’est-ce pas sa petite foi qui lui a permis ce cheminement. Le doute dévoile certes notre fragilité mais aussi le voile d’une religion qui cache Dieu dans l’idole de la toute-puissance au lieu de vivre une intimité : dans le Fils, nous sommes fils... Pourquoi avoir peur ?