9 mai 2013

Ascension du Seigneur  : Luc 24, 36-53

Texte liturgique : v 46-53

 

Il n’y a pas seulement ce que disent les Ecritures (v 45) mais aussi ce qu’a partagé Jésus lui-même avec ses disciples concernant ces « choses écrites » sur Lui et leur accomplissement (v 44). Non que Dieu ait voulu sa mort, mais comment imaginer qu’Il abandonne son Serviteur ? Non que Dieu ait tout prévu, mais sa puissance n’est-elle pas à l’œuvre dans notre monde (Cf. Lc 1, 17) ? Y compris dans les situations qui semblent sans issue ? C’est ce que pointe la résurrection mais que les Douze et ceux qui les accompagnent vivent ont encore du mal à vivre parce qu’ils ont du mal à y croire (Cf. v 28)… comme nous ?

Les disciples ont vu Jésus ressuscité et ils en parlent, mais quand il leur apparaît, ils sont « terrifiés et saisis de crainte » parce qu’ils « pensaient contempler un esprit » (v 37). Avouons que nous croyons en la résurrection mais souvent comme un au-delà de nos vies et non comme une puissance à l’œuvre aujourd’hui. Or le Ressuscité est bien présent mais tellement différent puisqu’Il n’est plus soumis à l’espace et au temps. Il peut être là, inattendu même si les portes sont cadenassées par nos peurs. Il montre ses mains et ses pieds (v 39), c’est-à-dire les signes de son supplice. C’est bien Lui ! Et pourtant Luc note que les disciples ne croient « pas encore à cause de la joie » ! Trop beau pour être vrai ? Baliverne de curé pour nous faire accepter toutes les difficultés de la vie…

Nous n’avons pas partagé le poisson grillé avec le Seigneur (v 42-43) et sans doute le regrettons nous mais nous constatons surtout qu’Il n’est plus là, « séparé », « emporté au ciel » (v 51). Reste à savoir où est ce ciel ! Luc, dans le récit des Actes, évoquant la résurrection, fera dire à deux hommes en vêtements blancs qu’il viendra comme il est venu (Ac 1, 11) mais pour l’heure, Jésus bénit et s’en va ! Et les disciples s’en retournent à Jérusalem en grande joie. J’ai peine à imaginer cette scène : Leur ami et maître est mort. Il est ressuscité ! Victoire. Il est avec eux quelques quarante jours (selon Luc) et voilà qu’Il les quitte à nouveau… Quelle déception ! Quel désarroi ! Du moins pour nous…

Mais avant de partir, Jésus leur promet une « puissance » venue de son Père (v 49), celle-là même que nous fêterons à la Pentecôte. Cet Esprit dont Jean nous a abondamment parlé durant ce temps de la Pâque, Celui qui est « appelé auprès de nous » (para-kletos, ad-vocatos) pour être le Christ en nous. Pour que ce ne soit plus nous qui vivions mais Christ qui vive en nous pour parler comme Paul (Gal 2, 20). Après deux mille ans de christianisme, cette certitude est-elle seulement intellectuelle ou est-elle le moteur de notre vie ? N’oublions pas que, nous avons fait l’expérience concrète de cette force intérieure (le prochain Veilleur nous en donnera un témoignage) et que si ce n’est pas le poisson que nous partageons, c’est le pain !

Imaginons que Jésus soit encore avec nous : sans cesse, nous lui demanderions que faire. Or il veut que nous soyons non des enfants mais des adultes. Le pape François a eu cette belle formule : l’Eglise n’est pas une baby-sitter pour nous endormir en nous faisant rêver d’un monde sans problème. L’Esprit est là pour nous réveiller et nous donner la joie d’être témoin que les forces de mort ne peuvent avoir le dernier mot ! Dieu a tout dit… à nous d’écrire la suite de l’histoire avec Lui… et avec les délinquants et victimes, mais aussi les collègues que Dieu nous donne de rencontrer pour être auprès d’eux témoins de sa puissance.