Dimanche des rameaux et de la passion

Marc 14,1 - 15,47

 

Pour entrer dans la Grande Semaine, nous relisons la passion du Christ écrite par Marc. Jésus y est accusé par les chefs religieux qui veulent le mettre à mort pour blasphème ! (14, 63-64) L’évangéliste souligne aussi la solitude de Jésus.

C’est donc sa relation à Dieu qui est en jeu et son acceptation ou son refus. Le peuple de Dieu, avec ses grands-prêtres et ses scribes, préférera s’en moquer en narguant « son » roi (15, 31) précisément sur cette question : « toi qui détruis et rebâtis le sanctuaire, descends de la croix, sauve-toi toi-même » (15, 29-31). La réponse divine ne se fera pas attendre puisque le voile du Sanctuaire se déchire du haut jusqu’en bas comme pour attester que Dieu n’y est plus (15, 38) mais Jésus meurt en croix. Il ne se sauvera pas lui-même. Pire, il connaîtra l’abandon même de Dieu (15, 34). Sa prière semble se perdre dans la nuit de la foi. Voilà qui est insupportable. Comment le messie de Dieu (14, 61-62) pourrait-il connaître pareille fin ? Inacceptable pour les bien-croyants ! Pour accentuer le scandale, c’est un païen, un centurion romain, qui qualifie le plus justement Jésus comme « fils de Dieu » (15, 39) récapitulant ainsi tout l’Evangile (1, 1.11 ; 9, 7). Cette Passion est donc la subversion de tout discours religieux puisque Dieu est là où on ne l’attend pas, ayant quitté le lieu que lui avait assigné les hommes. Ils ont beau vouloir l’arrêter, l’enfermer avec violence (14, 48), sa parole est libre et elle dérange encore autant ceux qui se disaient être ses fidèles que les autres comme tous s’étaient alliés pour le crucifier. Naissance d'un humanisme dont nous serions les témoins ?

Ce qui est sûr, c'est que, en Marc, Jésus semble bien seul, entouré de deux compères d’infortune… des brigands qui l’insultent aussi. Celles et ceux qui ne se moquent pas regardent de loin (15, 40). Contrairement à Jean, Marc ne signale pas la présence de Marie et du disciple bien aimé…

Mais il mentionne cependant un personnage énigmatique : un jeune homme qui, au moment de l’arrestation, s’enfuit tout nu (14, 51-52). Il est le dernier à « suivre » Jésus et, comme lui, est « saisi » par les gardes qui ne peuvent que retenir le drap qui le couvre. C’est le même tissu (sindôn) qui servira pour l’ensevelissement de Jésus (15, 46). C’est aussi un jeune homme (néaniskos), assis à droite du tombeau, mais vêtu différemment, qui annoncera aux femmes la résurrection (16, 5). Ce passage propre à notre évangéliste a été l’objet de nombreuses interprétations. Dans la crise que nous traversons, ne peut-on y lire une figure de l’Eglise, appelée à vivre le mystère pascal de mort et de résurrection ? Très concrètement parce que des réalités qui faisait sa gloire, comme le temple était la fierté du sanhédrin, sont en train de mourir…

Nous désirons suivre Jésus mais pas tout de suite. Le choc de la Passion est trop bouleversant, encore aujourd’hui, et la violence du monde, qu’elle soit due à des catastrophes comme celle de l’Airbus ou des fanatiques religieux nous le rappellent : nous ne sortons pas indemnes de cette expérience du mystère pascal. Nous devons être dénudés, abandonner ce qui nous couvre, le laisser aux violents, pour revêtir le vêtement blanc de la résurrection, comme notre Seigneur fut dépouillé de ses vêtements (15, 24). Marc ne mentionne pas comme Jean le linceul laissé dans le tombeau mais son corps n’est-il pas désormais présent dans celui du jeune homme resplendissant comme le Christ de la transfiguration (9, 3) ? Dans son Eglise ? Reste à savoir si elle est encore dans son linceul ou si elle a été revêtue de la lumière de Pâque… Sans doute les deux à la fois. Le chemin n’est pas terminé. Bonne semaine sainte !

 

Pascal Janin